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Aux origines ...

20 septembre 2017, par Emeline

Aux origines, un volcan, créé part un point chaud de l’asthénosphère, sort de l’océan pour former une île haute. La tectonique des plaques pousse doucement cette île vers le nord-ouest à la vitesse de 10 cm par an, et de temps à autre le point chaud reprend son activité pour former de nouvelles îles. Peu à peu un archipel se forme, orienté suivant une diagonale nord-ouest sud-est. Voilà les Tuamotus …

Mais l’histoire n’est pas terminée, car une fois le volcan éteint l’île s’affaisse d’environ 1 cm par an. La chambre magmatique s’effondre également sous le poids de la lave, pour former de grandes cuvettes appelées caldeira. En parallèle, l’eau claire et chaude de l’océan est propice à la croissance de coraux qui s’épanouissent sur les flancs sous-marins de l’île, formant un récif frangeant. Au fur et à mesure de l’enfoncement de l’île, le récif corallien grandit pour rester proche de la lumière. Plusieurs millions d’années après la naissance de l’île originelle, il ne reste que la couronne corallienne entourant un lagon peu profond. Un atoll est né …


Après plusieurs semaines à découvrir les Tuamotus, nous sommes de plus en plus émerveillés par l’histoire de ces atolls perdus au beau milieu de l’océan Pacifique.
Posés sur des fonds de plusieurs milliers de mètres, les lagons sont défendus par les récifs coralliens contre la houle du large. La taille des atolls nous impressionne toujours, car nous n’avions pas cette image en tête avant de venir. Rangiroa et Fakarava sont par exemple deux atolls immenses, de plus de 50 milles de long. Leur lagon forme une véritable mer intérieure qui s’avère agitée dès que le vent se lève. Aratika et Ahé sont deux petits atolls, d’une dizaine de milles de long. Sur la côte exposée au vent, le récif est souvent à fleur d’eau, très peu visible de loin. Sur le pourtour des atolls, des motus se sont formés par accumulation de sable, et c’est sur ces îlots plus ou moins grands que les habitations sont construites.

Pour pénétrer dans un atoll et accéder à la quiétude du lagon, il faut franchir la passe, qui est une rupture du récif. La plupart des atolls ont une ou deux passes, certains n’en ont aucune. Le lagon se remplit puis se vide au rythme des marées, les passes sont donc le siège de courants très fort, allant jusqu’à 10 nœuds … Étroites ou larges, plus ou moins profondes et tortueuses, chaque passe est à négocier en fonction du vent, de la houle, de la marée, et de préférence avec une bonne visibilité pour éviter les coraux. Comme il est difficile de réunir tous les paramètres au même moment, nous sommes parfois obligés de mettre le moteur, de monter dans le mat pour mieux voir, et de suivre notre instinct pour passer sans encombres …

La faune et la flore sous-marines des atolls sont impressionnantes de couleurs et de diversité. Coraux, poissons, requins, raies, oursins, coquillages, il n’y a qu’à mettre un masque et des palmes pour être envoûté. Les tombants vertigineux en bordures des passes abritent de nombreuses espèces animales, dont les requins qui profitent de ces lieux d’échanges entre l’intérieur et l’extérieur des lagons pour se nourrir. Aux abords des passes, les paumotus construisent souvent des parcs à poissons qui servent de garde-manger. Il suffit de venir au parc pour remplir le frigo … Les langoustes sont réputées pour se balader à la nuit tombée sur le platier (récif qui découvre à marée basse), mais nous ne les avons encore jamais aperçues. De même que les tortues, qui ont souffert de la chasse et sont de moins en moins nombreuses.


Hors de l’eau, le cocotier est roi, même s’il semblerait qu’il ait été introduit ici par l’homme (la végétation des atolls avant la colonisation par les missionnaires européens étant plutôt constituée de forêts primaires). On trouve tout de même de nombreuses autres espèces végétales dont la fleur de tiaré, emblème de la Polynésie, le frangipanier, l’arbre à pain, le pandanus, …


A terre, nous avons aussi rencontré des crabes, dont les kaveou, des rats (qui posent problème car il mangent les noix de coco avant leur maturité, les cocotiers sont donc souvent entourés d’une feuille d’aluminium pour les empêcher de grimper), des insectes en tous genre, quelques cochons élevés pour être mangés, des poules, des abeilles pour le miel, et des chiens par centaines. Introduits par l’homme, ils ont proliféré et chaque famille en possède plus d’un. Ils ont néanmoins peu à manger, et sont devenus pour certains de très bons pêcheurs de poissons.

Enfin, les Paumotus nous laisserons le souvenir d’un peuple accueillant et généreux, fier de son patrimoine et prêt à partager sa culture. Vivant pour la plupart de la coprah, de la culture des perles et de la pêche, les paumotus vivent en harmonie avec la nature. Peu voyageurs par manque de moyens, les jeunes partent souvent à Tahiti pour l’école et les études mais plus d’un revient finalement à ses origines.


Il y aurait encore tant à dire pour se faire une bonne idée des Tuamotus, peut être même qu’on ne peut en ressentir vraiment l’âme qu’en les découvrant soi-même. On a surtout le sentiment d’être totalement conquis, on ne se lasse pas de tous ces dégradés de bleus, et on a pour finir bien du mal à se dire qu’il faut partir ...

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