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Maupiti, un petit air de bout du monde

19 décembre 2017, par Emeline

Nous voici à notre escale la plus à l’ouest de notre voyage ! Plus loin encore, ce sont les Iles Cook, les Samoa, les Tonga, l’Australie … Encore de belles destinations mais il faudrait plus d’une vie pour tout découvrir. Pour l’heure nous profitons donc de cette petite île pleine de charme. Bien défendu par une passe étroite et souvent fermée par les déferlantes, nous entrons par mer calme dans le lagon qui nous surprend rapidement par la turbidité de ses eaux … bizarre bizarre, nous n’avons jamais vu ca dans aucun lagon !
Nous en apprenons petit à petit la raison au cours de nos échanges avec les habitants de Maupiti : à cette période de l’année, le temps calme de décembre (qui précède l’arrivée des pluies) amène la « marée basse ». Le lagon n’est presque plus alimenté par la houle océanique, l’eau se renouvelle donc très peu, son niveau baisse, le soleil fait monter la température, de petites algues ou organismes se développent, et on n’y voit plus rien à un mètre … 

Nous profitons tout de même des belles plages de sable blanc à nous prélasser dans cette eau qui est presque trop chaude. Plus près du récif, l’eau du large est plus fraîche et claire, nous faisons de belles ballades en annexe, et nous nous essayons à la chasse sous-marine. Pour des novices comme nous ce n’est pas si mal, car quelques poissons joliment pris par Michael viennent garnir nos assiettes, perroquets, poissons chirurgiens à voile, ...

Maupiti est ralliée par avion quotidiennement, principalement pour le transport de passagers. Le ravitaillement de l’île se fait par bateau, une fois par mois seulement en raison de la difficulté d’accès de la passe. Autrefois des bateaux venaient plusieurs fois par semaine, mais le trafic a été fortement baissé car les pilotes devaient souvent faire demi-tour devant la passe fermée par les déferlantes. Maupiti a donc développé une capacité à vivre en autarcie, et nous retrouvons une part de l’esprit paumotu que nous avions tant aimé aux Tuamotus.


Seul voilier présent dans le lagon, nous sommes vite repérés par les habitants qui discutent souvent avec nous, leur première question étant toujours pour nous demander si les filles sont des jumelles ! On nous offre des bananes, des mangues, du poisson, des pape a’ari (coco fraîches à boire), on nous invite à manger …
Beaucoup d’aliments sont produits sur l’île, qui heureusement est très fertile : concombre, poivrons, pota, choux, taro, uru, mangues, bananes, ananas, pastèques, … Le poisson est aussi bien présent, sans que la ciguaterra ne viennent inquiéter les habitants de Maupiti. Une source importante de revenu de l’île est aujourd’hui le tourisme, avec la présence d’une dizaine de pensions de famille.


Un jour, nous nous rendons sur le motu Tiapaa pour le ma’a Tahitien. Firmin et Rose, aidés de leurs enfants, cuisinent toutes les semaines un repas traditionnel cuit au four tahitien. Un four est un trou creusé dans le sable et consolidé par des plaques de taule. Les braises et les pierres volcaniques placées dans le trou diffusent de la chaleur pendant plusieurs heures. La cuisson se fait à l’étouffée en recouvrant les plats de troncs, puis de feuilles de bananiers pour apporter de l’humidité. Puis de grandes toiles de jutes et des tissus viennent fermer le tout, ainsi que quelques pelletées de sable pour étanchéifier le four.
Le four est allumé à 6 heures le matin, et nous assistons à midi à son ouverture. Enfin, nous passons à table. Les plats de viande, poulet et porc, sont tendres à souhait. Nous mangeons également des bénitiers marinés au lait de coco, des bananes plantains et de l’uru, de la salade tahitienne, et en dessert des bananes caramélisées au four dans du lait de coco. Un régal que nous dégustons à la polynésienne, c’est à dire avec les doigts !




Pour la première fois de notre voyage, nous faisons une excursion à vélo autour de l’île. Les filles, perchées dans leur siège à l’arrière, adorent la ballade et en redemandent. De mon coté, le manque d’exercice de notre vie de bateau et la chaleur torride de cette journée sans air me coupent les jambes …. je suis épuisée lorsque nous achevons notre 2e tour de l’île, heureusement un bon ma’a de poisson cru et quelques litres d’eau fraîche me remettent d’aplomb.


Le lendemain, grâce à Kalani notre baby-sitter, Michael et moi nous échappons quelques heures pour monter au sommet de l’île, le mont Teurufaatiu, qui culmine à 380 mètres. Vue imprenable à 360 degrés : où que le regard se porte nous ne voyons que le bleu turquoise du lagon, les motus, la crête rocheuse, les monts Hotu Paraoa et Hotu Ae, et l’infini de l’océan.



La vie à Maupiti s’écoule paisiblement. En cette période qui précède Noël, les répétitions de chants religieux arrivent jusqu’à nos oreilles depuis les quatre coins du village Vaiea. L’île n’a beau compter que 1200 habitants, les communautés protestantes, catholiques, adventistes et mormons sont très actives.
Le jour de Noël, une grande célébration rassemble toute la population pour fêter Noël ensemble, et chaque communauté doit présenter ses chants et danses. Pendant la durée des vacances scolaire qui durent un mois, des démonstrations de chants et danses ont lieu sur un terrain du village, ou sont également installées des baraques. Les baraques sont des sortes de snacks dans lesquels on mange des plats typiques, à l’image du Heiva qui a lieu pendant le mois de juillet en Polynésie et auquel nous étions aux Marquises. Puis pour le réveillon du 31 décembre, les gens s’en vont de porte en porte boire un verre tous ensemble. Enfin, le 1er janvier à midi, un barbecue géant est organisé : les tables et chaises sont installées à même le lagon, sur une grande langue de sable ou on a de l’eau à mi-jambe. Puis c’est partie pour une journée de grillages, ripailles et musique, unique en Polynésie apparemment. Nous regrettons vraiment de manquer tout cela, mais nous ne serons pas a Tahiti a temps si nous nous attardons trop ici …

Après dix jours passés à Maupiti, nous mettons tout de même les voiles pour profiter d’un petit flux de nord. Adieu Maupiti, et adieu les terres inconnues … Nous retournons à Bora Bora, nous ne ferons plus que de l’est dorénavant.

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