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Mouillages ...

28 mars 2017, par Emeline, Michaël

Nous avions commencé depuis quelques temps déjà un article sur les mouillages. Nos récentes aventures dans les Grenadines nous ont donné envie de le terminer … Nous l’avons co-écrit, c’est un peu le bilan de nos 8 mois d’expérience au mouillage à travers l’Atlantique.

Notre technique
Notre méthode de mouillage est toujours la même. Nous cherchons un endroit libre avec la profondeur adéquate (un calcul de marrée est indispensable en Bretagne, dans les Caraïbes on s’en passe). Emeline à la barre arrête le bateau faace au vent et Michael au guindeau mouille l’ancre jusqu’à sentir qu’elle touche le fond, puis rajoute 10 à 15 m de chaîne. Pendant ce temps Emeline met un coup de marche arrière pour faire reculer le bateau (par vent fort la marche arrière n’est pas nécessaire, le bateau recule tout seul). La chaîne s’étale sur le fond et le bateau s’arrête quand l’ancre a croché (elle a mordu le fond). Le paysage ne défile plus par le travers et la chaîne est bien tendue : le mouillage est bien pris. Le reste de chaîne peut être dévidé en prenant bien soin de la poser sur le fond sans faire de tas.

Chaîne
Grande question : quelle longueur de chaîne ? Les gens discutent souvent pour savoir s’il faut mettre 3 ou 4 fois la hauteur d’eau. On a toujours trouvé ça un peu stupide (mettons qu’il y ait 3 mètres d’eau, ça fait quand même léger de ne mettre que 12 mètres de chaîne). On raisonne plutôt sur la longueur de chaîne posée sur le fond, et sur les conditions de vent. En gros, dès que ça souffle un peu (20 nœuds) on aime bien avoir 20 mètres de chaîne posés sur le fond pour que la traction sur l’ancre reste horizontale, même dans les rafales. Donc suivant la profondeur (et la place disponible) on mettra de 30 à 50 mètres.
Nous avons 60 m de chaîne (de 10 mm) à bord. Nous sortons rarement tout, mais nous n’hésitons pas à les utiliser lorsque cela est nécessaire. Cela surprend parfois les gens, mais en navigation au long cours autour du monde les mouillages peuvent être un peu exposés (et les marina ne pas exister), donc 60m de chaîne pour un bateau en acier de 34 pieds n’est pas du tout aberrant. Les deux inconvénients d’avoir beaucoup de chaîne dehors sont le temps de les remonter si l’on doit quitter le mouillage rapidement, et la surface d’évitement qui est plus grande. Il faut donc faire attention aux bateaux situés à proximité, et au changement éventuel de direction du vent.
Une dernière remarque est qu’il vaut mieux avoir une chaîne plus longue et moins grosse que l’inverse. Car en plus du poids du mouillage c’est surtout les frottements qui ont une importance.

Évitement
L’évitement est le rond décrit en surface par un bateau qui bouge autour de son ancre au gré du vent. Pour des vents faibles et modérés, le bateau décrit un cercle de quelques dizaines de mètres, autour d’un point de la chaîne posé sur le fond (il n’est pas rare de nous retrouver en avant de l’orin après un changement de vent). Pour des vents forts, la chaîne se tend jusqu’à l’ancre, on a pu le vérifier à maintes reprises en plongeant. Mais étant donné que l’on mouille dans le sens du vent, et que la variation du vent n’est en général que de quelques dizaines de degré, la place nécessaire en surface reste réduite. Par contre si le vent tournait à 180° il faudrait bien évidemment refaire le mouillage.
En plus de se rester éloignés récifs, avoir en tête l’évitement du bateau lorsqu’on mouille sert surtout à rester à distance raisonnable des autres bateaux. Tous les voiliers sur ancre évitent à peu près de la même manière, avec quelques exceptions : les multicoques, les voiliers à coque planantes et dériveurs (qui « tirent des bords »), un voilier qui a affourché, ou qui a un deuxième mouillage sur l’arrière, etc.

Ancre
Notre ancre principale est une Rocna de 20kg. Avant, on n’avait pas trop d’idée du rôle que peut avoir la forme de l’ancre (on est d’ailleurs partis de Brest avec une CQR de 16 kg). Depuis on a compris que la mauvaise réputation des CQR est justifiée (la tête pivote, et il arrive assez souvent que l’ancre soit basculée sur un coté, l’empêchant de mordre), et que les ancres de type Rocna sont plus performantes. Leur forme se positionne bien pour mordre le fond, et le soc repousse le sable en arrière et non pas sur les côtés.

Nous avons récemment discuté avec un couple de navigateurs qui avaient abandonné une ancre Delta (mêmes reproches que nous pour la CQR) au profit d’une Rocna. Il semblerait donc que la Rocna soit une ancre d’avenir !
Nous gardons la CQR pour empenneler (voir ci-dessous), et nous avons une ancre plate FOB de 16 kg (notre mouillage arrière) pour affourcher.

Empenneler et affourcher
Si les conditions sont mauvaises, se dégradent, ou si le mouillage n’est pas idyllique (peu de place, récifs a proximité, fond de mauvaise tenue, beaucoup de bateaux, etc), il peut être judicieux de renforcer son mouillage.
Empenneler signifie qu’une 2ème ancre est mouillée en avant de la première, avec quelques mètres de chaîne fixés par une manille à l’endroit prévu sur l’ancre principale (tandem anchor attachment point). La longueur de chaîne entre les 2 ancres devra être inférieure à la hauteur d’eau, pour faciliter la levée du mouillage : lorsque l’ancre principale est au davier, il faut que la seconde ancre ait déjà décroché. L’intérêt de l’empennelage est d’augmenter le poids de la ligne de mouillage, et d’avoir le bénéfice de 2 ancres mordant dans le fond. Dans la pratique, notre CQR, qui a besoin d’un peu de place pour crocher, fait surtout office de poids (20 kg supplémentaires avec la chaîne), car la Rocna aura certainement croché en premier.

Affourcher, c’est avoir deux lignes de mouillages orientées à 45° l’une de l’autre. Cette méthode permet de répartir la charge (mais dans les rafales cela tire toujours d’un coté ou de l’autre, donc dans la réalité la répartition n’est pas vraiment effective), et surtout de diminuer la surface d’évitement. Néanmoins pour affourcher il faut avoir le matériel à bord (2 ancres, 2 chaînes et câblot). Pour mettre en place le deuxième mouillage, on peut soit donner de la longueur au premier mouillage, puis remonter au moteur jusqu’à la position souhaitée et mouiller la deuxième ancre, soit emporter en annexe l’ancre, la chaîne et suffisamment de longueur d’aussière, puis mouiller à partir de l’annexe. Le réglage des longueurs entre les 2 mouillages se fera ensuite à partir du bateau. Dans notre cas si nous devons affourcher (cela ne nous est encore jamais arrivé), nous utiliserons notre mouillage arrière : une ancre plate de 16 kg, 10 m de chaîne de 10 mm (pour bien faire il nous en faudrait plutôt 30m), et 50 m de câblot.

Dans tout les cas, la décision de renforcer le mouillage doit être prise suffisamment tôt pour être réalisable. Emporter un mouillage en annexe peut vite devenir dangereux ou impossible, et relever son mouillage dans la tempête pour empenneler peut être délicat.
Pour conclure, malgré un vent très fort le mouillage principal peut très bien suffire, si le mouillage est « idéal », comme c’était le cas pour nous à Montana Roja (Ténériffe) : fond de sable, personne au mouillage, et le grand large derrière. Nous avions 40 kn de vent établi, plein d’écume autour de nous, et nous n’avons pas bougé d’un pouce … avec 55 m de chaîne et la Rocna. On ne se serait par contre pas du tout vu aller où que ce soit avec l’annexe, rien que de la mettre à l’eau aurait été dangereux.

Orin
Nous mouillons toujours avec un orin. L’orin est fixé sur le haut du soc de l’ancre (buoyed retrieval line attachment point) et permet de déloger cette dernière, sans avoir à plonger, lorsqu’elle est prise dans tout ce qui peut traîner au fond de l’eau (vieux casiers, outils de pêche, restes de corps-mort, bloc de pierre, corail, etc).
Notre orin est composé d’un bout qui coule de 15 m (fixé à l’ancre), puis d’une chaîne de 1m de long et enfin d’un petit flotteur en surface.
La longueur du bout peut être réduite par un nœud en fonction de la profondeur à laquelle nous mouillons, de façon à ce que le flotteur reste à la verticale de l’ancre. La chaîne permet d’éviter que le bout ne vienne se prendre dans l’hélice d’un bateau qui passerait sur le flotteur. En plus de pouvoir déloger une ancre coincée, l’orin nous permet de savoir exactement où est notre ancre, et donc si quelqu’un vient mouiller sur notre chaîne.

Amortisseur de chaîne
Notre mouillage est « tout chaîne », c’est à dire que nous n’avons pas de câblot. Il manque donc un peu d’élasticité. Pour pallier à cela, la chaîne est reprise aux taquets du bateau par un montage composé d’une main de fer, d’un bout et d’un amortisseur d’amarre. Ce système amortit très efficacement les à-coups, ce qui permet à la fois de diminuer le risque de décrocher sur une rafale, et de ménager le matériel.
La chaîne, même si elle ne subit plus de traction au niveau du davier, est sortie du guindeau et tournée autour du taquet. Ainsi, si l’amortisseur casse, l’effort de la chaîne est repris sur les taquets et non sur le guindeau.

Nature du fond
Suivant la nature du fond, la tenue d’une ancre peut être plus ou moins bonne. Il faut choisir avec soin l’endroit ou l’on souhaite mouiller, de préférence sur fond de sable ou de vase (et encore, il y a vase et vase). Les fonds de roches, coraux, ou couche fine de sable sur de la roche sont de mauvaise tenue. Les herbiers sont à éviter car le passage d’une ancre détruit ces zones qui sont les habitats de nombreuses espèces marines.

Les méthodes à éviter
Nous voyons souvent des bateaux arriver au mouillage, arrêter le bateau et vider leur baille à mouillage sur place. Sous l’eau, on retrouve l’ancre sous un joli tas de chaîne. Avec cette technique, dès que le vent se met à souffler le bateau recule jusqu’à ce que le tas de chaîne se défasse et que l’ancre puisse crocher (en espérant que la chaîne ne s’emmêle pas dans l’ancre). Avant de s’arrêter, le bateau aura parcouru plusieurs dizaines de mètres et peut-être percuté un récif ou un autre bateau au mouillage.
Nous avons pu observer le comportement de notre mouillage un jour ou nous l’avions mal étalé. L’ancre était posée mais ne pénétrait pas dans le sable, suivaient les 10 m de chaîne posés en zig-zag puis le reste de la chaîne (une trentaine de mètre) bien étalée. Nous étions seul au mouillage et n’avons pas pris la peine de remouiller. Le vent a bien soufflé toute la nuit. Le matin nous avons pu voir que la chaîne s’était bien étalée et que l’ancre avait croché : ça marche, mais nous avons reculé de plusieurs mètres ce qui n’est pas acceptable dans un mouillage bondé ou proche d’un récif.

Il n’est pas rare non plus de voir des bateaux mouiller en avançant encore. Nous ne savons si c’est volontaire ? Il nous est arrivé une fois de le faire et de plonger pour voir comment l’ancre s’était mise. Elle était posée, pour faire simple, sur le dos avec la chaîne qui lui passait dessous avant de repartir vers le bateau. Il aurait fallut la traîner sur une bonne distance pour espérer que tout revienne en ordre et que l’ancre croche dans le sable (ce qui est loin d’être sûr).

Une autre chose à éviter est de partir à terre en annexe sitôt arrivé au mouillage. Ne pas prendre le temps de vérifier que le bateau ne chasse pas, et que la distance aux autres bateau est correcte une fois la chaîne bien tendue, peut entraîner des problèmes …

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2 Messages

  • Mouillages ... Le 27 avril 2017

    Hello !
    Pour compléter je dirai qu’il ne faut pas hésiter à forcer un coup en marche arrière. Non seulement on s’assure d’avoir bien planté la charrue mais on se rend bien compte de la tenue.
    Nous avons une ancre delta qui ne nous a JAMAIS fait défaut dans des fonds de sable ou de vase.
    En general on ne mouille pas dans les cailloux et nous n’utilisons jamais d’orin.
    Voilà pour notre expérience !
    Bises et bon retour parmi les terriens pour quelques jours !
    Maud

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    • Mouillages ... Le 6 mai 2017 , par Emeline

      Coucou Maud, oui c’est bien vrai, un peu de marche arrière ne fait jamais de mal pour tester la tenue, surtout qd il n’y a pas de vent qd on mouille. Bien noté pour la Delta, nous on n’a jamais utilisé ce type d’ancre, je crois que Riboul en avait une je leur demanderais leur avis à l’occasion ! Gros bisous du Panama !

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